L'idée est simple, finalement : quite à me lancer, autant garder traces de mes efforts, de mes petites joies et mes grandes émotions de coureuse néophyte ... vous faire part de mes espoirs et de mes doutes aussi ... !

Alors, n'hésitez pas à y faire vos commentaires ! Vos messages sont mes meilleurs soutiens !





mardi 7 juillet 2015

TRAIL DE L'ULTRAMARIN DE VANNES, DU SOLEIL AUX ÉTOILES …!



L'an dernier, Vannes m'avait pourtant donné rendez-vous, mais... Le sort en avait décidé autrement, une bonne gamelle avait anéanti mes projets !! La cheville encore douloureuse, j'avais donc assisté au départ copieusement arrosé des coureurs du Golfe du Morbihan, déçue de ne pas prendre part à la fête (mais ravie d'avoir un parapluie !!!).

Mais cette année... J'y étais !! Et je me sentais prête pour une grande balade de 56 km (57,3 km selon la police et 58 km à ma montre...!!).

            Arrivées le vendredi avec ma fille (ma super super Assistance Technique !!!), l'objectif du jour était de retrouver les copains qui prenaient le départ du 177 km.
Sur l'esplanade du port et sous un soleil éclatant (qui jouera des tours à beaucoup d'entre eux), nous retrouvons donc Bruno, puis Jérémie qui, même sans se connaître, parlent bien la même langue : celle de ceux qui s'apprêtent à aller au bout d'eux-même, dans un effort de plus de 24 heures, celle des passionnés un peu fous qui jouent à la fois leurs propres partitions tout en improvisant si nécessaire...
Le départ est donné et nous applaudissons leur passage avec effusion !!!

Maintenant, je peux me concentrer sur ma propre course, dont le départ est donné le lendemain à 16 heures. J'ai donc largement le temps de me poser, de faire mon sac tranquillement et de voir avec Cécile les endroits où il sera possible de nous retrouver...!! J'ai le temps aussi de voir ce que j'ai oublié... Épingles à nourrice, bande Elasto et piles de rechange... Mais j'ai mes chaussures !! C'est déjà ça !!!
Mon dossard m'est remis par une bénévole adorable dont l'âge doit frôler les 80 printemps et dont je vois le trouble lorsque je lui demande si la puce est à l'intérieur de l'enveloppe...!! (Comment ça une puce ???!!??) Elle tient absolument à m'attacher au poignet le bracelet rouge fluo, mon précieux sésame pour demain !! Me voilà donc "baguée" et elle, satisfaite ! Les autres bénévoles du Village-Sport sont tous quasiment de la même génération et j'apprécie cette mixité très rare sur ce genre d'événement !!
Je me fais donc remettre une boîte de gâteaux bretons (évidemment) aux couleurs de l'Ultramarin par une gamine d'au moins 75 ans qui prend son rôle très au sérieux !!




Diner sur le port (j’ai une adresse en or !!) et je prends des nouvelles de mes potes partis quelques heures plus tôt. Ils ont chaud, très chaud mais le moral est bien là !!  Bruno fait sa course en groupe et Jérémie en solo. Pas de nouvelles en revanche de Yannick, Eric et Félicien que je n'ai pas vu au départ mais le suivi de course via le site fonctionne bien et... eux aussi !!

Nuit.

Un soleil radieux nous accueille le jour J. Curieusement, je ne me sens pas du tout (mais vraiment pas du tout !!) stressée... Pire, j'ai le sentiment d'être vaguement concernée et que je pourrais (presque) oublier que je vais courir quelques heures après...
Nous avons décidé de faire une ptite reco, histoire de repérer les sites de ravitaillement ou de pointage. Mais finalement, nous irons à la rencontre de Jérémie qui, souffrant d'une blessure au pied, a décidé sagement d'arrêter là ses efforts. Il aura tout de même parcouru plus de 140 km avant de jeter l'éponge !! Bruno est mal en point lui aussi et abandonnera tout aussi sagement, à peu près au même endroit.
Retour au port et retour à l'hôtel pour, cette fois-ci, me préparer pour de bon...
Toujours très calme, je m'équipe tranquillement. Mais ça y est, je sens que je rentre dans ma bulle... Enfin !! Je commence à ressentir ces frémissements que je connais bien maintenant, le ventre qui serre un peu, le cœur qui s'accélère, la respiration que je force à se calmer à grands coups de profonds soupirs... 
Bien entendu, il me manque un truc !! Mes épingles à nourrice !!! Je les remplace par des agrafes (merci au réceptionniste de l'hôtel)...
Mon sac est prêt, ma tête est prête, quant à mes jambes, elles n'attendent que ça !! Les longues semaines de préparation se font oublier au profit d'une énorme et irrépressible envie de COURIR!!! Ça tombe bien...!! Nous filons à Sarzeau où est donné le départ et nous retrouvons Pascale et Eric pour de brèves mais joyeuses retrouvailles !! Photos, embrassades et... Paf c'est parti !! Un dernier regard pour ma fille et hop là...






Le groupe est dense et compact mais comme chaque fois, passés quelques kilomètres, c'est déjà beaucoup plus supportable !!
Je ne pense qu'aux consignes de Pat Masson, qui me concocte des plans d'entraînements sur mesure et adaptés tant à ma... fantaisie qu'à mes objectifs! En l'occurrence, partir DOU-CE-MENT. Et d'ailleurs, tout courir dou-ce-ment !!
Mais compte tenu des 32 degrés fièrement affichés, je ne vois pas comment je pourrais faire... plus vite !!!
Très vite, je double des concurrents du 177 partis la veille... Tous marchent, avec plus ou moins d'aisance. Il leur reste la même distance que moi à parcourir mais pas dans le même état !!
Je les encouragerai tous, avec bravo et applaudissements siouplè !! 
Je peine à trouver un rythme régulier !! Entre les engorgements à certains passages et les terrains variés, ma foulée est changeante et mon cœur... beaucoup trop haut !!! Je tente par tous les moyens de le faire descendre mais rien à faire !! Il reste accroché à un 160 voire 170 pulsations/minute qui m'exaspère !! Je sais que la température y est pour beaucoup mais ça ne change rien à la situation !! Et Pat a été très clair: " si ton cœur bat trop vite, tu te flingues ta course...!!" Arfff !!

Campagne, route, campagne, route ... Mais elle est où la mer ???

Enfin, la voilà ... Nous serpentons le long du sentier côtier !! C'est magnifique, odorant et très agréable à courir !! Beaucoup de coureurs marchent déjà, accablés par la chaleur… Moi, je trottine gentiment…



J'arrive au premier pointage après 17 km de course ! Puis au premier ravito, quelques kilomètres plus loin ! Noyalo ! Cécile m'attend avec un grand sourire !! C'est bon de la voir. Sa présence me réjouit et me stimule aussi ! Elle m'apporte de la Sporténine (en prévision contre les crampes) et de la vaseline (contre le feu sous les pieds… !! M'enfin!!!)
Je me sens en pleine forme ! J'échange quelques mots avec les bénévoles, papote avec quelques coureurs et attrape saucisson et fromage avant de repartir au petit trot !! Surtout ne pas s'installer mais vite repartir pour ne pas casser le rythme !!




Route, campagne, route, route...!
Et oui !! Beaucoup de bitume sur ce tronçon !! J'ai les pieds en feu et il faut vraiment faire attention pour ne pas se faire bousculer par les voitures !! À peine rassurée, ça a le mérite de me reconcentrer très vite !! Je rumine à ce moment-là des pensées pas très positives à l'égard des organisateurs... Comment peuvent-ils nous faire longer des routes très fréquentées sans qu'on ne voit aucun signaleur ou bénévole? Nous faire traverser des routes seuls, sans couper la circulation...? Ou encore nous faire courir dans la nuit complète sur le bord d'une nationale? À deux reprises, j'ai sauté sur le bas côté afin de ne pas me faire faucher...!! (Et je tiens à préciser que je ne suis vraiment pas du genre trouillarde !!!)
            En revanche, je bénis et surtout je remercie chaleureusement toutes les personnes qui, nous voyant dégouliner sous le soleil, avaient pris la peine d'installer devant leurs maisons des ravitos "sauvages" en eau !! Parfois des bassines pour tremper buff ou casquettes, et souvent, un simple mais salutaire tuyau d'arrosage !!
Les coureurs se font plus rares… je cours souvent seule mais c’est agréable, je continue à doubler des coureurs du 177, certains crispés et harassés, d’autres plus fringants… Parfois, je rejoins un coureur, je papote un peu et je continue ma route, ou me laisse distancer… c’est selon le moment !!
Le poids de la chaleur se fait plus léger et mes pensées s’évadent. J’ai le souvenir d’un passage absolument sublime le long d’un étang, ambiance feutrée, eau stagnante, bruis étouffés… un vrai décors de conte…



Km 36 : ravitaillement de Séné.
Je commence à sentir les effets des kilomètres parcourus sous la chaleur !! Malgré la Sporténine, je sens soudain pointer une vacherie de crampe qui agrippe mon mollet droit avec l'évidente intention de ne pas le lâcher !! Une autre arrive simultanément au mollet gauche et le mord à son tour...! Je me précipite, la bouche pleine de biscuits salés, vers les kinés auxquels j'emprunte un tube de gel d'arnica dont je me beurre les gambettes !! Mais les mouvements appuyés ne font que renforcer mes crampes !! Vite vite, je masse comme je peux mes mollets (qui sont passés en mode bout de bois...!) et je décide de repartir au plus vite !! Le premier kilomètre est insoutenable et me fait sacrément grimacer... J'insiste pendant que de nouvelles crampes prennent le relai sous mes pieds et forcent mes orteils à prendre une posture franchement aussi inconfortable que douloureuse !!
Et pour couronner le tout, voilà que je commence à avoir très froid, ce qui se caractérise chez moi par des tremblements intempestifs et une furieuse envie de me mettre en boule !!
Grand moment de solitude !! Mais finalement ça passe…!


La chaleur commence à tomber, le soleil descend doucement sur l'horizon, mon cœur bat tranquillement à présent, reste donc à gérer au mieux la dernière partie de course !! Le parcours nous emmène dans des sous-bois et clairières magnifiques, et le long de la côte...
Les ravitos sauvages sont toujours là mais ce sont les enfants qui nous encouragent pendant que les parents prennent l'apéritif et lèvent leurs verres à mon passage !!
J'ai d'un seul coup une énooooorme envie d'une bière bien fraîche mais... c'est encore un peu tôt !! Va falloir encore parcourir une jolie distance pour y avoir droit !! Mais j'y crois ! Je me sens toujours plutôt bien ! Pas de douleurs particulières depuis que les crampes ont levé le camp, mes plantes de pieds se sont aussi calmées, bref, je sens à ce moment que c'est bien parti pour aller jusqu'au bout !  Non pas que j'en aie douté avant, puisque je n'y avais pas pensé du tout, mais tout simplement, cette certitude germe en moi délicieusement et surtout me stimule dans ma reprise au petit trot !!



La nuit est tombée et il faut à présent être très vigilant !! Entre les racines, les cailloux, les bosses et les trous, les passages sur le sable ou sur le bitume, tout est différent sous le faisceau de la frontale ! Et la concentration nécessaire rend le périple à la fois ludique et technique !! Et ça, j’aime aussi !!!
J'alterne, depuis longtemps déjà, course et marche mais, la foulée est tonique et mon pas assuré et rapide ! Je me sens efficace (dans la limite de mes possibilités...) et la perspective de mon arrivée tout sourire me réjouit déjà !!
Je commence à réaliser que mon objectif secret de finir en 7 à 8 heures de course est dépassé MAIS d'une malheureuse demi-heure qui, compte tenu des circonstances climatiques, semble plutôt logique !! Bref, à quelques kilomètres de l'arrivée et toujours dans le noir le plus complet, je souris aux étoiles !! Et à une en particulier, qui vient de s'allumer alors que ma grand-mère s'est éteinte quelques jours avant ! Je pense à elle et l'émotion m'envahit... Elle veille sur moi à côté de Brinouille...


Au loin, le port est illuminé. J'avance vers le bruit et la lumière avec une certaine émotion...!! 
Cécile est là bien sur et Jérémie aussi malgré sa blessure et la fatigue accumulée. Je cours vers eux, vers cette ligne d'arrivée si proche et la joie m'illumine !!






Je l'ai fait... 56, 57 ou 58 km, peu importe !! Je suis arrivée au bout, sans blessure ni bobo, courant presque chaque fois seule mais si bien accompagnée !! Sur la ligne, je ne peux contenir mon émotion ! Larmes d'amour, de joie, de fierté... (et puis de fatigue aussi un peu .. Faut po pousser quand même !!)

Et voilà !! Des semaines de préparation pour
quelques heures de bonheur...
quelques minutes de très grande joie intérieure…
quelques secondes d’intense satisfaction…
et un souvenir gravé à vie !!

Et comme chaque fois, une envie folle d’y retourner…


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mercredi 25 mars 2015

Mí Marató de Barcelona !!

            


Celui-là, ça faisait longtemps quil me faisait de lœil, mais mon envie était gentiment restée au chaud, attendant que son heure vienne, prise par le charme envoutant du trail depuis plus deux ans déjà ...
Il faut dire aussi qu’après mon aventure au Trail de Bourbon, grandiose, puissante et bouleversante, je ne ressentais nullement le besoin ni l’envie de me fixer un nouveau défi.  J’avais plutôt besoin de prendre le temps de laisser revenir doucement des sensations plus ordinaires …
Juste le plaisir de courir, au gré de mes envies, sans aucune contrainte ni aucun objectif particulier.
Et puis, doucement, comme si elle s’éveillait d’un long sommeil, l’envie est revenue. D’abord comme un frémissement, puis plus assurée. Alors, j’ai commencé à réfléchir...
J’ai d’abord cherché du côté des trails, mais... non. Sauf ceux du bord de mer…
Et en cherchant mieux, un nom a résonné bien fort dans mon esprit : Barcelone, bien sûr !!! J’aime cette ville, son architecture, ses ports, ses artistes, son énergie... À la fois cosmopolite et si intime. Bref, ce serait Barcelone ou... Barcelone !!! Et donc un Marathon !!!

Septembre et octobre m’ont servi de période de débourrage !! J’ai rangé mes trails au chaud et j’ai retrouvé les sentiers plats et les jolies allées angevines.
En novembre, j’ai décidé de faire appel à nouveau à Pat Masson, coach sportif nantais qui sévit sur la toile. J’apprécie sa rigueur et l’attention qu’il porte au suivi de ses coureurs. Il m’a concocté un plan aux petits oignons, avec une montée en charge progressive jusqu’à janvier où là, les choses sérieuses ont commencé...
Pas facile de s’entraîner par tous les temps,  mais, plus les semaines passaient et plus ma motivation grandissait. Et puis, le compte à rebours a enfin lancé son tic-tac lancinant et... Nous y voilà !!!

Arrivée deux jours avant, histoire de joindre l’agréable à l’agréable, l’immersion était parfaite ! J’avais décidé de retirer mon dossard dès le vendredi afin d’éviter la cohue et j’ai bien fait !!

Ambiance légère, sourires sur toutes les lèvres, accueil hyper chaleureux à chaque stand... Rien de mieux pour éviter le stress. Tout en se mettant tout de même sacrément dans le bain !!
Parfait !! Tout se déroulait de manière fluide, presque vaporeuse.
Samedi, j’avais rendez-vous avec Véronique D., une cafeuse à découvrir en vrai... depuis le temps !! Rendez-vous au stand Addidas où j’espérais aussi croiser Lapinou !!
Comme chaque fois, la magie a opéré… Papotages et rigolades au programme avec en prime, le plaisir de se découvrir. Véronique ne courrait pas cette année, mais accompagnait des amies coureuses.
On se quitte sous une pluie battante et glaciale qui nous a accompagnés toute la journée à grands coups de rafales réfrigérantes. Je n’avais rien prévu contre la pluie sachant que de toute façon, après plus de 4h30 de course, je serais trempée…
Ben oui, la pluie, ça me connaît ! Je n’avais, en revanche, pas envisagé ce froid. Mais là, j’avais de quoi faire…! Surtout après mon passage à l’Expo-Sport de la veille…

Dimanche : le jour J.

Il fait un temps absolument parfait !!  Grand ciel bleu tout propre et un joyeux soleil déjà tout radieux !! Je rejoins le site par le métro, ce qui me rappelle des souvenirs parisiens. Et oui, ma seule, mais magnifique expérience de marathon, c’est celui de Paris en 2012. Même temps et même mode de transport à la fraiche. Et même foule bigarrée. Curieux mélange de fêtards sur le retour et de sportifs bariolés…!!
Je rejoins un peu nerveuse le sas de départ. Il y a un monde fou, il faut se glisser pour atteindre l’entrée du bâtiment pour déposer ses ptites affaires puis se laisser emporter par ce même flot pour aller vers le sas des + de quatre heures pour ce qui me concerne. J’ai la sensation de flotter. Je suis étonnamment calme, juste agacée par un œil qui me titille, que je frotte et que je refrotte jusqu’à me retrouver avec ma lentille dans la main… Gloups !! À trois minutes du départ de mon groupe, faut assurer… Et j’y arrive !! Et hop-là !! Du coup, je n’ai rien entendu des animations hurlantes, rien vu des lancés de confettis spectaculaires, rien ressenti non plus, si ce n’est de faire trèèèès vite !

Pan !! C’est parti. Quinze bonnes minutes après les premiers, mais qu’importe !! C’est mon top-départ !!
Mes jambes se mettent en marche… Et ma tête aussi !! Surtout ne pas partir trop vite, prendre le temps de l’échauffement dont j’ai pris l’habitude du rituel pendant mes entrainements. Dix minutes tranquilou et on augmente doucement le rythme… Résultat, je passe le km 10 avec quelques minutes d’avance sur ce que je me suis fixé. Mais je gère.
Le faux plat entre le 5e et le 8e me ralentit un peu, mais je reprends mon rythme dès que le plat reprend sa place. Quant aux pentes douces, elles sont un vrai ptit bonheur pour tout relâcher, ce que je fais avec un grand sourire…
Premier passage sympa devant el Camp Nou. Puis, une grande ballade avant d’atteindre la Perdrera, maison de Gaudi. Le parcours est absolument fantastique !! Pas monotone pour deux sous. Une magnifique ballade au petit trot !!
Passé le km 15, je prends le temps de boire aux ravitos, mais sans m’arrêter ; je n’en ressens pas le besoin. La Sagrada Familia nous accueille à ses pieds, majestueuse et superbe !! J’ai calmé un peu ma foulée, mais je continue d’un bon train.
J’essaie de suivre les conseils de Pat : contrôler ma fréquence cardiaque (pas simple…), courir au rythme décidé (ça non plus, ce n’est pas simple…!), mais aussi boire et s’alimenter aux bons moments… J’ai tellement répété ces conseils dans ma tête qu’ils me viennent spontanément à l’esprit…!! J’ai la sensation un peu euphorisante de… contrôler un ptit peu les choses !!  Et ça, c’est à la fois nouveau et… magique !!!
Enfin un bon train par rapport à mes objectifs parce qu’en réalité, les premiers doivent déjà commencer à sentir l’écurie… (j’exagère un peu, c’est mon coté tortue admirative…!)


Partout une super ambiance !! Les Barcelonais se sont déplacés en masse et s’en donnent à cœur joie !! J’apprécie une nouvelle fois d’avoir mon prénom sur mon dossard !! C’est toujours un vrai bonheur d’être encouragée par son prénom !! Bien que je sache parfaitement que ce sont des inconnus, j’irais presque les embrasser pour leur soutien à MON égard…!!
Bref, je suis bien, je me sens bien, il fait super beau, les gens sont top, l’ambiance est géniale…

Mais je viens de passer le 18e km et là, les choses se gâtent un peu… Côté papattes, tout répond parfaitement. Côté souffle et cardio, tout est nickel.  Mais, j’ai par moment l’impression d’avoir comme des pincements dans le bas du ventre… Gloups !! Je serre les dents et tente de très vite oublier cette sensation désagréable !! Pour tout arranger, je suis dans la partie du parcours que je redoutais en le visualisant : un lonnnng aller-retour sur 5 km dont les 2.5 premiers en faux plat !!
Il commence à faire bien chaud, cette montée n’en finit pas, je n’en vois pas le bout, mais surtout… la vache !! J’ai mal au bide !!!!

Je passe le 20 ème plutôt satisfaite de mon chrono, mais toujours avec un sourire façon tôle ondulée … Je n’ai plus le choix. Il FAUT que m’arrête pour faire une pause technique !! Et je découvre ce que j’ai lu dans de nombreux comptes-rendus de course : le « charme » si particulier des sanisettes…!! Sagement rangées, et face à elles, une trop longue file de coureurs aussi impatients et crispés que moi. Et je ne parle pas de ma frustration de voir les minutes défiler en me narguant sournoisement… Je vous passerai les détails, mais par trois fois, j’ai du m’arrêter en grinçant des dents !! Ce qui m’a finalement pas mal ralentie… Et chaque fois, hop hop hop, je repartais vaillamment à la découverte de la ville…!!



J’ai ainsi continué au gré du parcours, toujours soutenue par la foule et au rythme des nombreuses formations musicales !! Des percu, des groupes de rock, un violon, un saxo, des danseuses… et toujours des enfants, des personnes âgées, toute une foule souriante et tellement enthousiaste !!

Il y a eu des moments moins drôles, notamment une longue ligne droite tout près du périph qui m’a semblé bien monotone et ennuyeuse, MAIS, j’étais à Barcelone, sous le soleil…!! Et rien que ça me redonnait le sourire immédiatement !!!
On s’est baladés dans les quartiers anciens, on est passés devant des bâtisses à couper le souffle, les Ramblas au printemps ont un charme fou, on a couru dans des avenues superbes…
Et le mur est arrivé sans prévenir… au 35e km… Paf !! Prends ça !!
Le trou noir !! Plus aucune envie de courir même si je continuais à le faire, centrée sur ma tuyauterie récalcitrante et mes plantes de pieds en feu. N’ayant plus du tout envie de profiter de ce qui m’entourait. Bref, un sale moment qui heureusement est passé plutôt vite grâce à l’apparition, au bon moment, de Jean-Pierre, mon mari, qui m’avait loupée à tous les points de rencontre possibles !! Et là, au 37e km, quasiment arrivée à l’arc de triomphe, le voilà qui crie mon prénom et m’arrache de ma vilaine bulle pour me faire poser en plein parcours !! Hop !! Photo, sourire, joie, bonheur, émotion… Et je repars une nouvelle fois, mais là, toute réjouie !!



Les derniers km se feront au mental, le regard accroché à la foule et au spectacle de l’arrivée pas si lointaine, les oreilles toutes tournées vers les musiciens et le cœur battant à l’idée de réussir !!!
On m’avait prévenue de l’interminable faux plat des deux derniers km… Je confirme ! Ils sont bien là…
Je franchis la ligne en hurlant de joie, les bras haut levés !!
Et puis, je fonds en larme, submergée par mes émotions !!




Je l’ai fait !!
Pour la seconde fois, j’ai réussi …en 4h45, soit ce que je m’étais fixé officiellement !! Officieusement, j’espérais être plus proche des 4h30, mais ça se sera pour une autre fois !!!
Mais mais … 15 mn de moins que sur le Marathon de Paris et ça, ça en jette un peu quand même !!!

J’étais en larmes et une coureuse m’a prise dans ses bras pour me féliciter !! Moment fugace et délicieux d’intense complicité !!!  Quand j’ai repris « conscience » j’ai réalisé que je tremblais comme une feuille… Mais je retrouvais ce nuage que j’aime tant ressentir… Celui de la victoire sur soi-même, de la joie profonde de s’être fixé un objectif et de l’avoir atteint ! D’autant que je ne l’avais revu depuis un long moment…
Alors tout en grelottant et avec une démarche qui déjà prenait l’allure chaloupée de celle des pingouins, j’ai rejoint les vestiaires et récupéré mes précieuses tongs que j’ai mis un très long moment à enfiler… Entre tremblements, crampes et syndrome de Reynaud, ce n’était pas gagné !!
J’ai retrouvé aussi mon mari, et puis nous sommes rentrés doucement…
Juste un ptit regret : pas de maillot de finisher

J’ai laissé derrière moi le joyeux chahut de la foule qui continuait à encourager les finishers, pour retourner au calme, et commencer à distiller toutes ces émotions qui m’ont accompagnée tout ce temps… Et aussi soigner mes ptits bobos… Des broutilles face à ce bonheur qui me submerge encore…

Je suis finisheuse du Marathon de Barcelone !!!











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jeudi 31 octobre 2013

TRAIL DE BOURBON ... COURAZZZZ MADAME LA ZUPETTE ...!!



" La sagesse suprême est d'avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre du regard  quand on les poursuit... "
William Faulkner



            10 mois !!  10 mois que je préparais cette rencontre !!
            Tout a commencé par un demi-siècle à digérer !! Pour faire passer la pilule, il me fallait un truc grandiose... Quoi de mieux donc que ce Trail du Bourbon ? Autant la Diagonale semblait absolument hors de portée, autant ce Bourbon me plaisait !!
            93 kilomètres  et plus de 6000 mètres de dénivelé positif !! Certes, ce n'est pas une mince affaire, mais justement... C'était ce que je voulais ! Tenter de relever un gros défi, tant sur le fond que sur la forme...

            Après des mois et des mois de préparation - en substance pas loin de 300 heures d'entraînement, près de 1800 km parcourus et quasiment 15000 mètres de dénivelé positif - on peut dire que j'étais prête à en découdre...!!
            Ou du moins, j'avais fait ce qu'il fallait ...!!
            Enfin, je dis ça mais en réalité, comment en être sûre ??? De toute façon, les dés étaient jetés, et c'était à mon tour de me lancer !!! Je prendrai le départ le samedi 19 octobre à 4 heures du matin, ça au moins, c'était certain !!!

            Les jours qui ont précédé le départ me semblent un peu irréels... Difficile de vraiment profiter, à la fois de l'île et des personnes qui m'entourent !! J'ai une douce sensation de flottement, le sentiment assez agréable, mais aussi angoissant, de sentir les jours défiler inéluctablement... Heureusement, je suis accompagnée par Jean-Pierre, mon patient et attentif mari, et par Pascal, son cousin, installé à la Réunion depuis des années et passionné par les merveilles et les dénivelés que son île possède en trésors ! Ils se chargent de régler l'intendance, me laissant libre de cogiter et triturer mes pensées...
            Pourtant, doucement, les choses se mettent en place...



            Mercredi :

            Nous allons chercher mon dossard... Je découvre, le cœur battant et chargé de cette émotion si particulière, les prémices de cette excitation qui ne me quittera plus jusqu'au top-départ !!
            Le stade de la redoute s'offre à moi sous un soleil de plomb... La ligne d'arrivée, le podium, le speaker... Tout est en place, bien réel !! Des centaines de personnes sont là, souriantes et décontractées, du moins en apparence...! En longues files indiennes, tous attendent leur tour pour recevoir leur sésame...
           Pour moi ce sera : Nat Nat - 6130 .
La ferveur est générale.  Et elle résonne comme le diapason donne le la... pure et obsédante à la fois...!
            Moi, elle me prend aux tripes tellement elle hurle dans ma tête... Houlala, je sens que le compte à rebours va être difficile à vivre...




            Ta bulle, Nat... Ta bulle !!!

            Pascal me propose de randonner dans la savane, histoire de me familiariser quelque peu avec le terrain, dérouiller mes jambes et surtout... décompresser !!! J'ai beau me sentir à l'aise, je dégage une tension qui semble le toucher directement...
            C'est à ce moment que quelque chose bouge en moi...
            Mes idées commencent à se rassembler, s'organiser... Mon esprit arrête de faire comme un singe fou dans sa trop petite cage, bondissant et virevoltant d'une grille à l'autre de ses parois invisibles...
            Les mots concentration et visualisation prennent tout leur sens...
            Je me connecte avec les effets de ma préparation... Chaque thématique travaillée se concrétise... Chaque expérience apporte son lot d'infos. Comme une corde à un arc : les dénivelés, l'endurance fondamentale, les escaliers, les sorties longues, les descentes, les séances d'abdos, les courses aussi, même celles non terminées... Chaque thème devient un atout que je maitrise plus ou moins, mais un atout dont je pourrai me servir pendant ma course.
            Doucement, je tisse avec les fils invisibles de cet ensemble, une sorte de toile qui m'enveloppe... Je me sens comme une chrysalide dans son cocon, attendant son heure pour s'envoler... Mais ce n'est pas encore l'heure...
            Je continue donc ce travail silencieux et mental...  Je crée ma bulle, pendant que le temps continue son œuvre.



            Jeudi :

            Inspection générale de mon matériel et préparation de mes sacs !!


              Cet exercice m'excite et me ravie à la fois... Il arrive à point nommé pour concrétiser ma course...
            - Comment m' habiller au départ, sachant que je pars à 4 heures du mat, que l'ascension du Piton des neiges n'est pas une mince affaire, que je risque d'avoir chaud mais que là-haut, à 8 heures du mat, il peut faire plus que frisquet ?... Sachant également que la descente me ramènera vers la chaleur tropicale très rapidement !!
            - Comment faire mon sac d'assistance de la mi-course, sachant qu'à ce moment là la nuit sera tombée et que je devrai gérer la fatigue et les ptits coups de mou ?...
            - Comment prévoir l'essentiel et le superflu que Jean-Pierre aura avec lui, et donc pour moi, dès qu'il pourra croiser mon chemin ?...
           
            Je passe un long moment à choisir et à décider.... Ma stratégie prend forme... Ma bulle aussi...! La chrysalide continue à tisser sa toile... Chaque étape d avant-course lui donne accès à un nouveau fil qui vient s'ajouter aux autres harmonieusement...!
            Jeudi, le départ de la Diagonale des fous est donné à 23 heures... J'ai une pensée émue pour mes amis qui se sont préparés avec moi et qui prennent le départ... Go go gooooo les garçons !!!
            La télé est bloquée sur Canalsat qui passe en boucle reportages et infos de l'événement...
            J'ai l'impression de connaître par cœur le dénivelé et les paysages vertigineux de cette course qui n'est pas la mienne...



            Vendredi :

            Je me sens et me sais silencieuse... C'est rare... Ceux qui me connaissent ne me contrediront pas ...!!
            Mes sacs sont prêts...
            Mentalement, je me sens prête.
            La chrysalide commence à se sentir à l'étroit dans son cocon, mais pourtant elle s'y sent bien... Encore trop tôt pour le déchirer...
            Matinée à la plage et sieste prolongée, tant bien que mal, jusqu'à 22 heures... J'ai la chance de pouvoir profiter des papouilles de Pierre, l'ostéopathe qui suit les garçons pendant toute leur course... Sentir ses mains expertes sur mes jambes me fait un bien fou... Mon cœur s'emballe un peu... Je commence à avoir du mal à me contenir !!!



Minuit :

            Cette fois ci, c'est le moment... Je sors de mon cocon pour le remplacer par mon équipement... La bulle qui s'est formée autour de moi est si épaisse que même le coup de fil de ma meilleure amie n'arrive à la percer... Je suis dans une sorte d'intense concentration, un calme presque douloureux s'impose à moi...
            Nous partons Jean-Pierre et moi pour Cilaos... Je me laisse bercer par la voiture qui zigzague le long des deux cents virages que forme cette étroite et vertigineuse route vers le départ...
            Mon cœur bat la chamade, pourtant je me sens très calme, comme habitée par une sorte de force intérieure...
            En fait, je n'ai plus peur.
            J'ai mentalement posé mes jalons sur ce parcours tant et tant de fois lu, vu et observé sur le papier...  De la froide et implacable ligne du profil présenté sur le site internet, au descriptif méticuleux du roadbook ; de la vidéo étape par étape de sfr.re, aux témoignages bien vivants et en images de Denis et des autres qui l'ont vécu ; rien de ce qui m'a été donné n'a échappé à mon analyse...



Samedi, 3h55...

            Le top départ va être donné... Nous sommes presque mille cinq cents dans un enclos presque trop petit pour nous... Le discours est vite envoyé... Un dernier regard pour Jean-Pierre et c'est parti... Le groupe se met en mouvement... Long serpent humain... Sous les bravos fervents des spectateurs...
            Puis, c'est le silence. Relatif... C'est bruyant finalement !! Ça cause un peu, ça s'encourage et se congratule...
            Le rythme que je m'impose est finalement celui de la plupart et j'aime ça ! Ça me rassure... Pour une fois, je suis dans le bon tempo...
            J´allume ma frontale, davantage par confort que par besoin tellement nous formons une ligne compacte et homogène ... Pourtant le groupe commence à s'étirer... Comme la guimauve dans les mains d'un confiseur...
            Et puis, arrive ( déjà ??!! ) l'ascension du Piton des neiges... c'est somptueux ... 



Je ne suis pas à la fin mais bien installée dans la seconde moitié du groupe. Et ça me plait !! C'est encore beaucoup trop tôt pour le dire mais, il semblerait que, si je tiens ce rythme, je serai "large" par rapport à la première barrière horaire...
            C'est difficile, ça fait mal et ça n'en finit pas de monter, mais je m'accroche à cette idée. Je vais y arriver !
            Enfin j'arrive au bout... Ou plutôt en haut !!
            Je réalise que je n'ai pas trop souffert, et que je tiens, bon an mal an un rythme correct !!
            Il faut encore trottiner pas mal avant d'atteindre le premier pointage !! J'y crois j'y crois... Et j'arrive avec presque trois quarts d'heure d'avance sur l'heure du couperet !Première victoire !!! Si si !!
            D'abord parce que physiquement, je tiens bien, mais surtout parce que pour la première fois, je PASSE une barrière horaire !! Et pas la moindre...
            Certains de mes amis m'ont avoué qu'ils me voyaient stopper là mon aventure !! Et bien non !!! Je l'ai fait... Et je continue !...
            En vérité, chaque passage de pointage, je le vis comme une vraie victoire !! J'exulte littéralement devant les bénévoles médusés d'abord, et ravis pour moi juste après !!
            J'ai d'ailleurs le privilège d'avoir été filmée au pointage du gite de Belouve (le second) et de faire partie du montage de la vidéo officielle  " Speciale-filles " sur la réunion-sfr.re...  Et sur le film, ma joie est palpable !!...
En voici le lien ... pour les curieux ...!!

http://grandraid.sfr.re/serv/SRRGrandRaidVideos?vid=65576&com=videsrrwebfrWEBZAPPING&vcid=32

Courazzzz !!...

Je me sens bien...
            Bien dans mon corps... Mes jambes répondent parfaitement, mon souffle est régulier et mon ptit cœur à son aise.
Bien dans ma tête. Une sorte d'euphorie me gagne, un large sourire balaie mon visage, je me sens presque en communion avec la nature dense, gorgée de vie végétale et minérale qui m'encercle. Je vois tout. Je me nourris avec gourmandise de ce spectacle tant rêvé qui s'offre à moi. J'en distille toute sa saveur...
Mon sac d'hydratation est tout simplement parfait ! Il épouse mon corps parfaitement et se fait délicieusement oublier malgré son volume et son poids.
Bref, TOUT VA BIEN.

            Je peine de plus en plus dans les montées, mais ma force est dans les descentes !! Je remercie mentalement David, le coach, pour toutes ces sorties où les descentes étaient privilégiées... Je me régale à sauter, dévaler parfois, me risquer souvent et surtout y arriver... Je double en m'excusant, tous ceux qui me doublent dans les montées, et nous jouerons à ce petit jeu longtemps... Mais les joueurs se font plus rares au fur et à mesure que la course avance...
« Courazzzz ...!! Courazzzz, Madame la zupette !!!... » Ce sont les mots que j'entends le plus autour de moi.

            La chaleur devient pénible... Et mon corps manque de carburant... Je pompe un peu dans mes réserves et je le sens !
            Enfin, je rejoins Hellbourg et son gros ravito... J'arrive à atteindre le pointage... Une minute avant la fermeture !! J'ai eu chaud !! Au propre comme au figuré...
            Je prends le temps de strapper ma cheville droite qui, après moult couinements, devient anormalement laxe et douloureuse... Un hématome s'est formé tout autour mais c'est correct. Et je soigne aussi une énorme ampoule qui s'est formée sur mon talon, côté intérieur du pied... droit !
            Je me restaure rapidement et trop peu... Ma bulle est toujours active et présente mais elle a des fuites, comme de petites fissures par lesquelles mon énergie et surtout ma sensation de " compact " s'évaporent doucement !
            Mais je repars, toujours motivée ! Je visualise mentalement la carte du dénivelé de l'ascension jusqu'à la Plaine des merles. Je sais que je vais vivre la seconde vraie difficulté de la course...
            Il fait très chaud, et j'ai de drôles de sensations... Je me sens lourde et chaque montée de marches est une difficulté... Je n'arrive plus à positiver et je m'enferme dans une sorte de labyrinthe émotionnel dont je ne trouve pas la sortie... J'ai envie de lâcher l'affaire, retrouver Jean-Pierre, me cacher sous ma couette, disparaître... Nat Nat ? Connais pô !!

            Et pourtant, je continue... Et doucement la magie opère... La nature superbe s'impose à moi et m'aide à retrouver ma lucidité envolée... Tout ce qui fait écho à ma motivation compose alors une sérénade de pensées positives : pourquoi je suis là, la chance que j'ai de vivre ça, la joie que je ressens, l'énergie de cette nature luxuriante, sauvage et violente qui m'est offerte, et Brinouille aussi, cette nouvelle étoile au dessus de ma tête...
Le sol n'en finit pas de varier ses caprices... Des grosses pierres, des racines, de la poussière rouge, fine et pénétrante, des rondins grossiers et glissants... Le tout entrecoupé de petits ruisseaux bouillonnants dans lesquels je m'asperge avec frénésie et bonheur avant de reprendre mon chemin. Chaque ruisseau est une récompense, chaque difficulté derrière moi une nouvelle petite victoire...






            J'arrive limite-limite à cette quatrième barrière !! Je ne suis plus euphorique... Juste éperdument heureuse d'avoir une nouvelle fois réussi cet " exploit ". Mon énergie s'est mise en mode économique ... Il faut préserver ma bulle ...

            Le soleil va bientôt se coucher... Je ne dois pas perdre de temps !... Jean-Pierre est là, avec ce qu'il me faut pour continuer. Un bol de soupe infâme que j'ai du mal à avaler, quelques canapés au saucisson, changement de veste, une poignée de gels supplémentaire dans le sac, un peu d'eau, une claque sur les fesses et c'est déjà reparti...
            La descente de Sentier Scout... Encore une sacrée difficulté, surtout entre chien et loup !...





L'enfer au paradis ...

            Pourtant, j'attaque cette partie avec cœur et motivation... J'y crois toujours et la perspective d'attaquer la nuit, curieusement, m'excite positivement !...
            Je sais que je joue avec le temps... Un jeu épuisant mentalement, mais dont je suis prête à relever une nouvelle fois le défi !!! Alors j'y vais... Je dévale, je joue dans les cailloux et les racines. Je dévie les pièges grossiers mais... pas tous, hélas !!!
            Une douleur me mord violemment la cheville. J'en ai le souffle coupé. Je l'avais oubliée celle-là... Tremblante, je reprends ma descente. Moins assurée, je me concentre sur le faisceau lumineux de ma frontale. Il fait chaud ? Non !! Mais je transpire sous l'effort contenu. Je reprends confiance jusqu'à une nouvelle décharge !! Et encore, et encore une...
            La nuit est totalement tombée. Les ombres qui se forment sont monstrueuses... J'ai l'impression de vivre la course folle de banche neige dans la forêt !... Les racines semblent énormes et distordues, et d'incroyables chauve-souris dodues me frôlent le visage... J'ai cru que c'était des hallus dues à la fatigue, mais on m'a bien confirmée leur présence silencieuse...
            Sauf que moi, je ne cours plus... Je choisis avec soin les pierres sur lesquelles je vais poser mes pieds.
            Je reste concentrée. Je sais que j'avance... Et que ce n'est qu'une énorme descente avant de rejoindre Aurère !
            Je me sens calme mais douloureuse. J'ai de moins en moins confiance en ma cheville. Je sens que je compense et mon genou gauche couine un peu... Histoire de faire écho !!
            À cet instant, je me maudis !!! Quelle grossière erreur ai-je fait !! En oubliant de refaire un strap tout neuf avant de repartir, j'ai quasiment annulé toutes mes chances de descendre en confiance !!!
            C'est trop bête !! J'ai pensé à manger et à boire, à me changer... Mais pas à assurer mes chevilles ni mon ampoule !...
            Tout en ruminant ces obsédantes pensées, j'ai une très mauvaise surprise... Pour atteindre Aurère et son nouveau pointage, je dois à nouveau monter un enoooooooorme escalier taillé à même la pierre... 930 mètres d'ascension presque à la verticale !!
            Ce n'est plus une course mais un chemin de croix !... Je vis l'enfer au paradis...
            Ça y est... J'ai compris... Je le sens... Ma course va bientôt s'arrêter.
            Mes forces m'abandonnent et avec, ma motivation et toutes ces magnifiques pensées !
            Ma bulle s'est évaporée à son tour, me laissant seule au milieu de la nuit, dans cet escalier infernal qui n'en finit pas...
            Et puis, enfin, la fin du cauchemar... Une lumière scintille, signifiant ainsi qu'il y a au moins une âme pas loin !...
            Et ma motivation revient aussi... Oubliées toutes ces mauvaises pensées !... Je reprends espoir ... Mon moral fait le yoyo et mes nerfs sont à vifs.
            J'arrive en boitillant au pointage, accueillie par des bénévoles enthousiastes et bienveillants !... Leurs sourires me réchauffent instantanément le cœur !... Je rassemble mes neurones éparpillés un peu partout afin de faire le point. Je peux repartir. Ce pointage n'est pas disqualificatif... Cependant, j'ai plus d'une 1/2 heure de retard sur la barrière suivante, à la Rivière de galets...
            Certes, ce n'est, cette fois-ci, que de la descente... Mais, aurai-je l'énergie ? Est ce raisonnable, compte tenu de mon état général ???
            Les questions virevoltent dans ma tête. Je dois décider vite... Si je ne veux pas perdre trop de temps...
            Ma décision sera prise assez vite. Pas question cette fois de repartir sans strap.
Direction l'infirmerie où là, le constat est sans appel !!!
            Un magnifique hématome s'est formé tout autour de ma cheville, elle-même jouant dans la catégorie " poteau ".
            Quant à mon ampoule, elle est transformée en sémaphore rougeoyant et couvre les deux tiers de l'intérieur de mon talon.
La nouveauté, toujours au pied droit (on ne change pas une équipe qui gagne hein !!...), c'est que l'ongle de mon gros orteil donne des signes inquiétants... Martyrisé comme il l'est, c'est sûr, celui-là ne passera pas l'hiver...

            À la vue de tous ces petits gâchis, je suis tellement dégoûtée que j'en vomis... Suite et fin de l'aventure !...
            Heureusement, la générosité, la gentillesse et la sympathie prodiguées par toute cette bande de joyeux bénévoles m'aident à me détendre et à apprécier ce moment, une fois de plus, unique... Un magnifique cadeau !
            Je vais passer la nuit à Aurère, au cœur du cirque de Mafate. Au cœur de cette nature tellement plus forte que moi mais tellement attirante...
Dans le noir du dortoir improvisé, dans l'unique salle de classe de l'école d'Aurère, je revis ma course. Les images et les émotions défilent en accéléré. Les larmes coulent sans bruit sur mes joues...

Arrêt sur image. Nuit !

Le lendemain, c'est l'effervescence dès 6h00.
Tout doit être rassemblé avant 7 heures, heure à laquelle l'hélicoptère débutera son ballet aérien pour transporter tous les ballots contenant le poste de ravito ... Le ciel, l'accès le plus facile pour accéder au plus profond de ce cirque ... Et sinon ... C'est à pied ...

            Petit déj animé, dernier soin aux bobos et je me mets en marche. Je suis engourdie, mais je ne souffre pas vraiment. Ma cheville me boude, mon ampoule aussi ! ... Quant à mon gros orteil, j'ai l'impression qu'il va exploser ...
            Je vis mon cadeau de consolation... La descente vers la Rivière de Galets est splendide, vertigineuse et technique. Je suis pétrifiée par la majesté des paysages... À nouveau, j'en pleure d'émotions...
            Je me lâche un peu... C'est bon !!
            Des larmes pour ce défi que je n'ai pas pu relever jusqu'au bout.
            Des larmes pour cette aventure qui se termine.
            Des larmes pour tout ce concentré d'émotions qui fait battre mon cœur si fort.
            Des larmes pour la joie d'avoir pu participer et vivre tout ça.
            Des larmes de fierté pour le chemin parcouru et les difficultés surmontées.
            Des larmes de bonheur d'avoir réussi ÇA !!!




17 heures de course et presque 60 km parcourus. 5 barrières horaires franchies. 5,5 litres d'eau avalés, 1 paire de chaussures explosée, et des milliers de sensations plein le corps et la tête...
J'avais prévu d'écouter de la musique pour m'accompagner dans la nuit. Je ne l'aurais finalement pas entendue une seule fois... La sauvage symphonie qui m'a été offerte était encore plus belle...
            Mon téléphone lui aussi est resté éteint pendant toute mon aventure, afin d'être sûre de rester dans ma bulle...
            Seules mes pensées vagabondaient et me tenaient compagnie.
            C'était le bon choix...

            En allant chercher au stade de la Redoute le sac d'assistance que je n'ai donc pas utilisé, j'ai croisé des centaines de coureurs et leurs amis. Certains semblaient fatigués mais tous avaient ce sourire particulier aux lèvres...
            Je pense avoir le même depuis... Et qui ne s'estompe pas encore...Celui du plaisir d'avoir tenté un truc de fou... Et d'être sans doute allée un peu plus loin au bout de moi-même...




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